Je tiens à préciser d’emblée que je ne joue d’aucun instrument de musique et que je ne fais pas de sport de combat (sauf si l’on considère que la vie en est un).

Par contre, durant les formations en techniques de présentation que j’anime, j’ai été témoin de présentateurs lambdas se métamorphosant en orateurs époustouflants, capables d’emmener le public avec eux alors que jusqu’ici rien ne les distinguait de leurs homonymes confus et soporifiques. Il était donc naturel que je m’intéresse à l’événement "Ma thèse en 180 secondes", un concours d’éloquence et de vulgarisation.

Le 28 septembre 2017 à Liège (Belgique), lors de la finale internationale, 20 candidats venus de 14 pays ont eu trois minutes chrono pour présenter leur sujet de recherche à un public non initié - de façon claire, intéressante et ludique. Ce qui revient à condenser trois ans de travail en trois minutes...

Marielle Yasmine Agbahoungbata, doctorante à l'Université d'Abomey-Calavi (Bénin). Premier prix à la finale internationale Ma Thèse en 180’’ 2017

Une nouvelle génération de présentateurs est née

Avant de découvrir ce concours, j’ai assisté à d’innombrables présentations et conférences données par des présentateurs le plus souvent catastrophiques, dont le travail était sans doute très bon mais incompréhensible par manque de clarté, de structure et de talent oratoire.

C’est dire si les performances des finalistes de Ma thèse en 180’’ ont retenu toute mon attention: une nouvelle génération de présentateurs est née.

Et cela confirme ma propre découverte: les universitaires, qu’ils soient scientifiques ou humanistes, en ont assez de passer pour des nuls parce qu’ils ne savent pas parler de leurs travaux géniaux - particulièrement lorsqu'ils sont invités aux Etats Unis et que leurs pairs maîtrisent les techniques de présentation et de prise de parole.

Ils veulent que ça change, ils veulent apprendre à devenir inspirants, ils veulent soulever les foules, ils veulent que leur travail soit compris et apprécié, pas uniquement pas une poignée de spécialistes mais par l’ensemble de l’audience. Ils veulent prendre plaisir à présenter et que le public soit captivé.

Alors certes, dans cette compétition, les participants sont obnubilés par l’impératif des 180 secondes, d’où parfois un peu de précipitation au détriment des pauses, respirations et emphase sur certains points clés. D’ailleurs lorsqu’ils sont interrogés au moment de sortir de scène, tous se déclarent "satisfaits d’avoir tenu le timing". C’est normal, l’exercice est voulu ainsi et le public le plébiscite, même si certains passages mériteraient d'être étoffés pour plus de clarté.

Dans la vie réelle, lors de présentations professionnelles, le timing est important mais l’on se retrouve rarement dans un cadre aussi contraignant.

Cette contrainte liée au timing force les concurrents à connaître leur exposé à la perfection. Pour cela ils auront répété de nombreuses fois et appris le contenu presque mot à mot afin d’être libérés de toute hésitation et de pouvoir délivrer une histoire fluide et rythmée. Par rapport à la majorité des présentateurs, notamment issus du milieu académique et particulièrement scientifique, ils sont à l’aise et brillants car ils maîtrisent le fond, la forme, l'espace et le temps.

 

Créer de la connivence avec le public commence par un travail acharné sur le contenu  

De plus, les répétitions leur ont donné la confiance nécessaire pour prendre du plaisir et le communiquer au public. Leurs gestes sont pensés et synchronisés avec leurs propos, leurs déplacements sont naturels. Ils sont libérés du souci d'être compris puisque leur exposé est limpide. Cela leur permet d'être eux-mêmes et d'être perçus comme authentiques. La connexion avec le public est alors possible.

C’est un autre point sur lequel la plupart des finalistes s’expriment après leur passage sur scène: le plaisir qu’ils ont pris et la réaction positive du public.

L’Art Oratoire réside dans la capacité de l’orateur à articuler les différentes parties de son exposé de manière à ce que ce que le public garde l’impression d’avoir tout compris tant l’orateur était captivant et son exposé bien structuré.

Sans un important travail de préparation sur le fond, la performance ne pourrait pas être aussi maîtrisée. Il est donc nécessaire de travailler sur ces deux aspects:

  • le contenu (l'exposé)
  • la manière de le communiquer (la présence).

Car une présentation c’est avant tout être présent, être là, partager ses idées. Une présentation est un don que l’autre reçoit, et ce faisant il fait don de son attention à celui qui présente. C’est une boucle vertueuse d’attention aux besoins du public de la part du présentateur, et d’attention aux arguments du présentateur de la part du public.

Sinon ce n’est qu’un énième Power Point, qu’un hold up de plus dans ce gigantesque gâchi planétaire estimé au bas mot à 30 millions de présentations Power Point réalisées quotidiennement (soit 350 par seconde, un chiffre faramineux mais probablement en deça de la réalité vu le nombre de réunions de travail organisées chaque jour, estimé entre 36 et 56 millions rien qu'aux US). 

 

La plupart des présentations échouent car le contenu a été mal conçu à l'origine

Au coeur de la méthodologie que j'enseigne réside cette conviction qu’une bonne présentation c’est avant tout un bon contenu. Avoir de l’allure n’est que l’effet secondaire d’une bonne préparation. Raison pour laquelle la plupart des présentateurs échouent: ils ont négligé la préparation (ou s’y sont mal pris) - cette partie ingrate qui s'effectue seul dans son bureau, en amont des répétitions.

Dans le cadre de Ma thèse en 180’’, un travail considérable a été fourni pour rendre compréhensible un sujet compliqué et pas toujours facile à rendre intéressant. C'est également valable dans le milieu professionnel, particulièrement pour les travaux scientifiques (suite interminable de graphiques présentant des résultats d’expériences), mais aussi pour les résultats trimestriels présentés par les CFOs, ou les études de marché et les recommandations stratégiques émanant des équipes marketing.

Souffrir tu vas. Décide à quel moment: seul dans ton bureau ou sur scène devant le public.

Les versions courtes présentées dans le cadre du concours ont sans doute été préparées à partir de versions plus longues, qui ajoutent un niveau de détail et de profondeur. Contrairement à ce que pensent de nombreux managers, aller à l’essentiel en 180 secondes demande plus de temps et d’efforts que de couvrir l’entier du sujet.

En conclusion, rendre un sujet compréhensible impose de faire des choix, on ne peut pas tout dire, il faut déterminer ce qui est important et ce qui ne l’est pas. Cela impose également de mettre les informations en perspective, à travers des exemples ou des anecdotes, afin de faciliter la compréhension et de répondre à cette question que le public n’osera généralement pas vous poser (mais avec laquelle il repartira):

...en quoi votre science me concerne-t-elle?

 

La 5e finale internationale du concours francophone d’éloquence et de vulgarisation "Ma thèse en 180 secondes" se déroulera à Lausanne (Suisse) le 27 septembre 2018. Lien vers le site MT180 2018

Crédit photo: michel_houet_uliege


La Méthodologie Power Presentation est enseignée depuis 1998 dans le monde entier sous forme de workshops de 3 jours. Copyright @BrunoPoirier.

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